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Archives de l’auteur : Mathieu Narindal

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Tours du monde. De Jules Verne aux premiers globetrotters

Association culturelle pour le voyage en Suisse (ACVS) Publié le 15 avril 2025 par Mathieu Narindal10 juin 2025

Exposition au Château de Prangins (06.04.-26.10.2025) / Conférence internationale Genève/Prangins (11.06.-13.06.2025)

Les années 1870 voient apparaître un nouveau type de voyageur: le globetrotter, à l’image de Phileas Fogg. La nouvelle exposition temporaire du Château de Prangins part sur les traces des milliers de touristes, pour la plupart occidentaux et fortunés, qui ont fait un tour du monde entre 1869 et 1914. Parmi eux, plusieurs Suisses et Suissesses, qui ramènent récits, souvenirs et collections d’objets de leurs escales en Egypte, Inde, Japon et aux USA. L’exposition montre aussi comment le tour du monde devient un motif omniprésent dans la culture populaire suite au succès planétaire du roman de Jules Verne, dont sont présentés les manuscrits originaux. Enfin, elle s’intéresse aux nombreux dispositifs imaginés pour permettre à tout un chacun de faire le tour du monde sans bouger de chez soi, en armchair tourist.

Plus d’informations

Une conférence internationale sera par ailleurs consacrée à la thématique, à laquelle participeront notamment Laurent Tissot et Daniela Vaj. (Tour du Monde et Globetrotters. Acteurs, pratiques et imaginaires, Genève-Prangins, 11-13 juin 2025)

Programme de la conférence > https://www.levoyageensuisse.ch/wp-content/uploads/2025/06/ColloqueGlobetrotters_Geneva2025_programme_full.pdf

Voyages dans l’Appenzellerland de 1750 à nos jours – une exposition commune des musées d’Appenzell Rhodes-Extérieures (EXPOSITION TERMINÉE)

Association culturelle pour le voyage en Suisse (ACVS) Publié le 6 novembre 2024 par Mathieu Narindal11 février 2025

Depuis des siècles, l’Appenzellerland est décrit comme un paysage vallonné enchanteur, parsemé de villages pittoresques et habité par une population authentique. À partir de 1750, Appenzell Rhodes-Extérieures devient également une région industrialisée, entretenant d’intenses relations commerciales internationales grâce à l’industrie textile et accueillant des visiteurs et des curistes de toute l’Europe.

En 1749, Gais donne le coup d’envoi : en tant que station de cure de petit-lait, cette localité attire une clientèle internationale, fascinée par une guérison miraculeuse. Lorsque cette attraction s’estompe, Heiden se transforme de village tranquille en station thermale mondaine avec une multitude d’hôtels. La ligne de chemin de fer Rorschach-Heiden à voie normale permet un accès confortable sans changement de train. En plus des classes sociales aisées, une clientèle plus modeste se rend également dans l’Appenzellerland : des enfants des villes, affaiblis, sont accueillis dans des colonies de vacances à travers tout le canton durant l’été, et des employés épuisés viennent à Gais pour des cures de remise en forme de plusieurs semaines.

Au 20e siècle, certains lieux tentent aussi de se positionner comme destinations hivernales. Une véritable infrastructure touristique voit le jour, avec des chemins de fer, des téléskis et des bains, qui sont activement promus – notamment le téléphérique Schwägalp-Säntis, achevé en 1935.

Alors que les nuitées dans Appenzell Rhodes-Extérieures diminuent depuis quelques décennies, le tourisme de jour augmente sans cesse : l’Appenzellerland devient une destination d’excursion privilégiée des Allemands et des Autrichiens ainsi qu’une zone de loisirs pour toute la Suisse orientale. En résumé, le tourisme à Appenzell Rhodes-Extérieures se distingue par une histoire riche en rebondissements et par de multiples réinventions. Raconter cette histoire en fragments et s’interroger sur son avenir est l’objectif de l’exposition commune des quatre musées d’Appenzell Rhodes-Extérieures.

Petit-lait et marketing
Le Musée de Herisau propose un aperçu de l’histoire du tourisme à Appenzell Rhodes-Extérieures. Celle-ci commence peu avant 1750 avec les légendaires cures de petit-lait à Trogen et à Gais, qui attirent des invités fortunés d’Europe dans l’Appenzellerland et établissent un standard de cure international. Cette période de prospérité est brutalement interrompue par la Première Guerre mondiale. À partir de 1920, il a fallu constamment se réinventer, avec des maisons de vacances, des piscines en plein air, des chemins de fer de montagne et des offres toujours plus nombreuses pour les visiteurs d’un jour.

Dans l’exposition de Herisau, les affiches touristiques sont l’un des éléments visuels les plus marquants. À travers la publicité touristique – affiches, prospectus et guides de voyage – on peut lire l’évolution des infrastructures touristiques et les attentes des visiteurs. À divers endroits de sa présentation historique générale, l’exposition de Herisau fait référence aux autres musées participant à l’exposition commune et aux thèmes spécifiques qui y sont traités de manière plus détaillée.

La Suisse, terre de guérison – par Daniela Vaj

Association culturelle pour le voyage en Suisse (ACVS) Publié le 6 novembre 2024 par Mathieu Narindal15 novembre 2024

Jeudi 7 novembre, 12h15 – On vous dit tout sur l’âge d’or des affiches en stations climatiques.

Walter Herdeg, 1932

La première moitié du XXe siècle est l’âge d’or des stations climatiques d’altitude et la période d’émergence de l’affiche touristique. Comment le discours médical sur les propriétés curatives des climats d’altitude a-t-il été utilisé dans la promotion publicitaire de ces stations? Un parcours en affiches.

Ancienne responsable de Viaticalpes/Viatimages, Daniela Vaj est actuellement collaboratrice scientifique au Centre interdisciplinaire de recherche sur la montagne (CIRM-UNIL) et membre affiliée de l’Institut des humanités en médecine (IHM-CHUV).

Visite commentée de Poster World × Bibliothèque de Genève à 11h45

Durée: Environ 45 min, suivies d’un échange

Plus d’informations

Bulletin 25/2024: Les objets du voyage

Association culturelle pour le voyage en Suisse (ACVS) Publié le 8 octobre 2024 par Mathieu Narindal8 octobre 2024

« Au perron, l’arbalétrier ne fut plus qu’un gros homme, trapu, râblé, qui s’arrêtait pour souffler, secouer la neige de ses jambières en drap jaune comme sa casquette, de son passe-montagne tricoté ne laissant guère voir du visage que quelques touffes de barbe grisonnante et d’énormes lunettes vertes, bombées en verres de stéréoscope. Le piolet, l’alpenstock, un sac sur le dos, un paquet de cordes en sautoir, des crampons et crochets de fer à la ceinture d’une blouse anglaise à larges pattes complétaient le harnachement de ce parfait alpiniste. »

C’est en ces termes qu’Alphonse Daudet décrit l’arrivée de Tartarin au Rigi-Kulm. Empêtré dans une foule de choses qui l’enserrent, sur le point de suffoquer, Tartarin subit cette entrée comme une lutte continuelle contre des objets, se fâchant contre une servante lui proposant de prendre l’ascenseur. « Un ascenseur à lui !… à lui !… Et son cri, son geste secouèrent toute sa ferraille. » Comme Tartarin, tout voyageur venant en Suisse se pare de nombreux artefacts (manufacturés, artisanaux, imprimés, artistiques, etc.) destinés à l’informer dans ses pérégrinations, à le protéger si nécessaire ou à le distinguer parmi les autres. Ce numéro du bulletin de l’ACVS cherche à recomposer l’histoire du voyage en Suisse à travers ce qui donne au voyage sa matérialité et ainsi à restituer de manière vivante la relation entre les humains et leurs objets.

Depuis ce qu’on a appelé le « tournant matériel » des années 2000, les objets, longtemps cantonnés à l’anthropologie et aux études muséales, n’appartiennent plus seulement à la « petite histoire », mais sont désormais au centre des recherches historiques et culturelles.

La plupart des objets dans ce numéro émanent du XIXe siècle, que le philosophe écossais Thomas Carlyle nommait « l’âge de la machine », une époque plus intéressée par les questions matérielles que spirituelles. La Grande Exposition de 1851 au Crystal Palace de Londres, où plus de 100 000 objets ont été exposés, illustrait parfaitement cette fascination pour les objets. Il en va de même pour le réalisme dans la fiction romanesque, qui mettait l’accent sur la vie économique de la classe moyenne et sur les objets utilisés au quotidien. Des romanciers tels que Balzac ou Dickens affichent une relation ambivalente avec cette culture de la consommation, qui est l’apanage de la modernité.

Les objets qui dérivent du tourisme illustrent à merveille les moments d’exaltation, de spleen et d’illusion collective que celui-ci suscite. À l’image de Tartarin en couverture, les monuments, jeux, illustrations, objets-souvenirs, alpenstocks, livres d’or, guides, documents officiels et autres artefacts présentés dans ce dossier, sont une sorte de phantasmagorie (Walter Benjamin) : elle nous rappelle que l’histoire du voyage en Suisse a été façonnée pas des objets autant que par des humains.

Laurent Tissot et Patrick Vincent
Professeurs à l’université de Neuchâtel

Sommaire

49e Congrès des Sociétés Savantes de Savoie : Montagne et haute montagne dans l’arc alpin des anciens Etats de Savoie

Association culturelle pour le voyage en Suisse (ACVS) Publié le 8 octobre 2024 par Mathieu Narindal8 octobre 2024

Programme et inscriptions

Histoire et littérature en balade

Association culturelle pour le voyage en Suisse (ACVS) Publié le 31 mai 2024 par Mathieu Narindal31 mai 2024

Histoire et littérature en balade : les visites guidées à deux voix de l’Association culturelle pour le voyage en Suisse sont de retour ! De juin à septembre 2024, les guides de l’ACVS proposent de nombreuses visites guidées dans le cadre de 2 programmes estivaux soutenus par la Ville de Lausanne : Lire à Lausanne et les Garden parties. Nous nous réjouissons de vous y retrouver.

Les glaciers des Alpes et la photographie dans la lumière de leur disparition

Association culturelle pour le voyage en Suisse (ACVS) Publié le 10 avril 2024 par Mathieu Narindal10 avril 2024

Un nouvel ouvrage de Claude Reichler, disponible dès le 4 avril 2024 – vernissage le 23 avril 2024

Née au milieu du XIXe siècle, la photographie a glorifié la
magnificence des glaciers alpins dans leur plus grande extension
récente. Elle a inventé le paysage glaciaire, inscrivant dans la
modernité une image inoubliable de la montagne. À la fois documents
et témoignages, capables de transmettre des connaissances et de
partager des émotions, les premières photographies de glaciers ont
porté jusqu’à notre présent une force esthétique bouleversante.
Construisant une arche entre ces images anciennes et celles que
prennent aujourd’hui les photographes, dans l’âge de l’Anthropocène
où les glaciers disparaissent, Claude Reichler montre comment
les plasticiens contemporains travaillent la nature de trace qu’est
l’image photographique. Ils y inscrivent leur subjectivité et créent
une esthétique nouvelle, inspirée par la disparition et la mémoire.
Les glaciers sont vus comme des êtres souffrants, comme si leur
mort programmée en faisait des vivants. Considérés hier comme
l’expression de forces élémentaires, d’un monde premier, ne sont-ils
pas devenus les symboles de la fin d’un monde ? Par les superbes
images qu’il contient et l’essai littéraire qu’il constitue, ce livre donne
à voir et à penser l’hésitation entre la pérennité, le passage et la
vulnérabilité.

Chercheur et écrivain, professeur honoraire à l’université de
Lausanne, Claude Reichler s’est consacré d’abord à la critique et à
l’histoire de la littérature. Depuis de nombreuses années, ses travaux
portent sur la théorie et l’histoire du paysage, en particulier dans les
Alpes. Un intérêt pour les recherches des plasticiens contemporains
est constant dans son oeuvre.

Ouvrage de 168 pages, illustrations couleurs, format 24 x 22 cm –
ISBN : 978-2-7535-9468-5

Commander l’ouvrage

Participer au vernissage, le mardi 23 avril 2024, 18h00 à 1915, Les Arsenaux, Sion

Voyager et s’en souvenir. L’appropriation des Alpes par les Anglais (XVIIIe-XXe siècle) – un livre de Danijela Bucher

Association culturelle pour le voyage en Suisse (ACVS) Publié le 3 novembre 2023 par Mathieu Narindal3 novembre 2023

Au XVIIIe siècle, les premiers voyageurs anglais dans les Alpes commencent à acquérir des estampes produites par un groupe d’artistes connu sous le nom de petits maîtres suisses. Des milliers d’estampes que les touristes rapportent dans en Angleterre, et désormais présentes dans les collections du National Trust, de la British Library et du British Museum. Voyage et image deviennent indissociables. Un lien se tisse entre ces voyageurs, ces alpinistes, et ces images, dont la nature change d’un siècle à l’autre. En étudiant la diffusion de l’image suisse et la forme matérielle sous laquelle elle a été collectionnée, transportée et conservée depuis le XVIIIe siècle, Danijela Bucher met en lumière quelles estampes préféraient ces voyageurs, ainsi que l’intérêt qu’ils y portaient.

Les peintres suisses œuvrent dès 1750 à produire et à vendre ces estampes aux étrangers de passage. Celles-ci se frayent un chemin dans les maisons anglaises. Souvenirs de voyage, souvenir d’avoir vu, pittoresques ou sublimes, ces estampes prennent, dans le courant du XIXe siècle, le statut d’objet d’art. Parallèlement, l’Angleterre voit elle-même fleurir une production parallèle d’images de la Suisse, des livres illustrés, des peintures panoramiques, ou bien encore des représentations théâtrales à Londres.

Danijela Buche, Voyager et s’en souvenir. L’appropriation des Alpes par les Anglais (XVIIIe-XXe siècle), Sorbonne Université presses, 2023

La Suisse se découvre. Trois siècles de tourisme en question (1730 à nos jours)

Association culturelle pour le voyage en Suisse (ACVS) Publié le 9 octobre 2023 par Mathieu Narindal9 octobre 2023

Participez au vernissage du dernier livre de Laurent Tissot à l’Espace Dickens (mercredi 8 novembre 2023, 18h30)

Trois cents ans de tourisme suffisent à prouver l’importance de cette activité pour la Suisse. Comprendre cette continuité nécessite de prendre en compte de multiples aspects, les succès comme les échecs, les anticipations comme les adaptations, les innovations comme les imitations, les embellissements comme les enlaidissements, les créations comme les destructions, les mensonges comme les vérités.

Sans se priver d’imiter des développements qui s’amorçaient hors de son territoire, la Suisse a aussi donné ses propres impulsions en indiquant la marche à suivre, innovant sur les modalités, anticipant les besoins, créant des marchés. Elle n’a pas hésité à construire les infrastructures nécessaires aux déplacements des touristes, là où personne ne pensait qu’il était possible de le faire, à bâtir des hôtels même sur des sommets très élevés, à mettre en valeur des points de vue inégalables, pas toujours consciente des impacts sur cet environnement. Mais loin d’accueillir passivement des touristes indifférents à ses habitants ou méfiants à leur vue, loin d’être simplement le sujet de stéréotypes, elle s’est offerte à eux avec malice, laissant transparaître ce qu’ils désiraient d’elle, cachant sous ses oripeaux ce qu’elle était vraiment.

Cet ouvrage se veut une exploration de l’histoire du tourisme en Suisse dans ses enchaînements technico-chronologiques. En suivant l’évolution des moyens de transport dans cette quête d’exotisme offert par l’espace national, il inventorie la façon dont le tourisme a pris racine en Suisse, s’est développé, s’est transformé, a été critiqué pour devenir non seulement un secteur économique-clé, mais encore un vecteur identitaire de première force et une arme publicitaire essentielle. «Le côté intrigant du tourisme, c’est qu’il n’est fondé sur aucune nécessité.» Les propos de Catherine Bertho Lavenir font singulièrement écho à ce que nous avons tenté de montrer avec l’exemple helvétique

Commander le livre sur le site des Editions Alphil

Bulletin 24/2023: Edward Gibbon et la Suisse

Association culturelle pour le voyage en Suisse (ACVS) Publié le 8 octobre 2023 par Mathieu Narindal9 octobre 2023

Sommaire

Dossier
Béatrice Lovis, Avant-propos : Edward Gibbon et la Suisse, une success story 
Nicole Staremberg et Danièle Tosato-Rigo, Pour cause de religion : le premier séjour suisse de Gibbon
Sylvie Moret Petrini, Découvrir et décrire la Suisse: une étape de formation
Béla Kapossy, Du tour de Suisse à l’histoire des Confédérés
Jérémie Magnin, L’Hôtel Gibbon et ses voyageurs
Dave Lüthi, Les plans inédits de l’Hôtel Gibbon

Histoires de guides
Ariane Devanthéry, Trouver Edward à Lausanne à l’époque romantique

Comptes rendus et recherches
Patrick Vincent: John Ruskin, Praeterita (trad. André Hélard, 2023)
Claude Reichler: Daniel de Roulet, La Suisse de travers (2020)
Claude Reichler: Nicolas Nova, Fragments d’une montagne (2023)
Claude Reichler : Sylvain Tesson, Blanc (2022) 
Jean-François Staszak et Daniela Vaj: Projet FNS «Faire le monde»

Vie de l’association
Liste des membres
Procès-verbal de l’Assemblée générale de 2022


Avant-propos

Edward Gibbon et la Suisse, une success-story

Parmi les Anglais qui ont séjourné en Suisse, le célèbre historien Edward Gibbon occupe une place particulière. Puni par son père pour s’être inopportunément converti au catholicisme, il fut envoyé pour pénitence à l’âge de 16 ans dans une ville laide aux ruelles escarpées, loin de tout, et surtout loin de la pernicieuse influence papiste. Tel fut du moins le ressenti de l’adolescent à son arrivée à Lausanne, en juin 1753. Confié aux bons soins du pasteur vaudois Daniel Pavillard, le jeune homme ne connaissait pas un mot de français et dut pendant cinq ans se confronter à une vie plutôt spartiate, très éloignée des fastes d’Oxford où il avait perdu de précieuses années de formation en raison d’un train de vie peu propice à l’étude.

La petite ville des bords du Léman qu’Edward Gibbon avait d’abord perçue comme un trou perdu se révéla rapidement être un lieu dynamique, pleinement intégré dans les débats intellectuels qui avaient alors cours en Europe. Si l’éducation qu’y reçut le jeune Britannique ressemble à celle des jeunes gens fortunés – Allemands et Anglais principalement – l’ayant précédé dans le chef-lieu vaudois, celui qui deviendra l’un des plus célèbres historiens du XVIIIe siècle se distingue clairement par son zèle intellectuel. En plus d’apprendre le français, de perfectionner son latin et de s’initier au grec, Gibbon étudie assidûment les travaux des historiens anciens et modernes français, italiens, anglais et suisses. Il s’intéresse à l’histoire civile suisse et lit attentivement les ouvrages sur l’ancienne province romaine de l’Helvétie. Un voyage à travers la Suisse, effectué en 1755, vient parachever sa formation.

Gibbon revient une seconde fois en Suisse au printemps 1763. Ce nouveau séjour lausannois, qui ne devait être qu’une escale de son Grand Tour en direction de Rome, dura jusqu’en avril 1764. Il marque un nouveau développement dans son évolution intellectuelle : l’homme de lettres et critique littéraire s’efface désormais au profit de l’historien. Dans la cité lémanique, il puise dans les bibliothèques de l’Académie et des érudits locaux pour étudier la géographie et la topographie de la Rome antique, comme pour lire les satires de Juvénal et d’Horace, qui lui permettent de mieux saisir les mœurs romaines. Disposant de moyens financiers confortables, Edward Gibbon préfère l’élégante rue de Bourg à l’austère quartier de la Cité – lieu de son premier séjour – et loge à la pension Crousaz de Mézery, la plus réputée de la ville. Ce pied-à-terre lui donne accès à la haute société lausannoise : le jeune lettré devient membre du Cercle de la rue de Bourg, un club masculin réservé à la noblesse, fréquente divers salons tenus par des Lausannoises à la réputation distinguée.

Gibbon reprend une troisième et dernière fois le chemin de la Suisse en 1783, cette fois avec l’intention de s’y établir durablement. Il arrive à Lausanne en tant que personnalité à la réputation internationale, auréolé de l’immense succès de son grand œuvre, l’Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain (1), dont les trois premiers volumes ont paru. Une fois installé chez son ami Georges Deyverdun, non loin de la place Saint-François, il devient rapidement une figure incontournable de la société lausannoise, très prisée des Suisses et des étrangers. Resté célibataire, il noue de nouvelles amitiés, en particulier avec Catherine et Salomon de Charrière de Sévery et leur fils Wilhelm, qu’il considèrera même comme son fils adoptif. La maison de la Grotte et son magnifique jardin à la vue panoramique sur le Léman et les Alpes deviennent le centre de son activité. Entouré de sa vaste bibliothèque, ramenée d’Angleterre, Gibbon se consacre à l’étude et à la rédaction de la suite de son œuvre maîtresse, tout en réservant une partie de ses journées pour recevoir ses amis ou leur rendre visite. C’est à la Grotte qu’il accueille pendant près de dix ans plusieurs personnalités de passage désireuses de converser avec lui, à l’exemple de l’écrivain français Louis-Sébastien Mercier, du politicien anglais Charles James Fox ou encore de Georgiana, duchesse de Devonshire : un phénomène qui s’apparente à celui qui s’est développé quelques années plus tôt au château de Ferney, où s’était installé Voltaire. Sans doute Gibbon serait-il demeuré en Suisse sans le deuil subi par son ami Lord Scheffield qui le ramène en Angleterre en 1793. L’historien meurt à Londres quelques mois plus tard, des suites d’une intervention chirurgicale.

Les relations de Gibbon avec la Suisse sont au cœur du présent dossier thématique. En lien avec un projet de recherche mené pendant plusieurs années à la Section d’histoire de l’Université de Lausanne (2), ponctué par la publication de l’imposant ouvrage collectif Edward Gibbon et Lausanne (3), les pages qui suivent en documentent deux volets : d’une part celui qui englobe le premier voyage de Gibbon en Suisse et son contexte, et, d’autre part, celui « post-mortem », centré sur le fameux hôtel qui prit le nom de l’historien.

Quoique près d’un siècle sépare ces deux épisodes, l’un et l’autre témoignent d’une véritable « success-story ». Et ce à divers titres. Ainsi, lorsque Gibbon regagne l’Angleterre après son premier séjour en Suisse, en 1758, il a non seulement retrouvé la « vraie » foi comme l’avait exigé son père, mais il est devenu un jeune érudit humaniste. L’historien qui se profile a amplement profité de son premier et unique tour de Suisse, où il s’est immergé dans l’histoire helvétique. Enfin, à sa mort, la maison de la Grotte devient un lieu de pèlerinage. Les voyageurs – anglais surtout – désirant connaître les lieux où le famous historian a écrit les dernières lignes de son Decline and Fall se multiplient au début du XIXe siècle. Les adeptes de cette « gibbonomanie » n’hésitent pas à escalader nuitamment les murs du jardin de la propriété pour déambuler sous les acacias ou s’asseoir face au lac en observant le lever de lune. Jean Bachoffner, ancien aubergiste de l’Hôtel d’Angleterre, flaire la bonne affaire et fait construire, juste à côté de la Grotte, le premier hôtel de luxe lausannois. Inauguré en 1838, l’« Hôtel Gibbon » devient l’un des établissements hôteliers les plus réputés de la région, figurant dans tous les guides ou autre « road-book » sur la Suisse. Objet de marketing désormais, Gibbon est adopté par Lausanne comme le saint patron de son tourisme naissant, le nom et l’effigie de l’historien permettant d’attirer nombre de visiteurs fortunés, avides de découvrir les charmes de la Suisse et la terre d’accueil du célèbre Anglais.

Béatrice Lovis
Chargée de recherche
Centre des Sciences historiques de la culture 
Université de Lausanne

(1) The History of the Decline and Fall of the Roman Empire, London, Strahan & Cadell, 1776-1788, 6 vol. 
(2) Lumières.Lausanne, projet « Edward Gibbon et Lausanne », dirigé par Béla Kapossy et Béatrice Lovis, Université de Lausanne, url : https://lumieres.unil.ch/projets/gibbon, version du 12 septembre 2022.
(3) Béla Kapossy et Béatrice Lovis (dir.), Edward Gibbon et Lausanne. Le Pays de Vaud à la rencontre des Lumières européennes, Gollion, Infolio, 2022, 528 p.

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