Avant-Propos

Le bulletin de cette année est consacré au rapport entre le voyage et la botanique. Ce numéro contient cinq articles qui abordent cette question sous différents angles et en tenant compte de différentes époques. En effet,

dès la Renaissance, et après l’arrivée des Européens en Amérique, on constate une augmentation importante des explorations botaniques dans toute l’Europe. Les informations provenant des Amériques sur des espèces végétales encore inconnues ont suscité un vif intérêt pour l’étude des végétaux, en particulier des plantes médicinales. La médecine de l’époque reposait en effet en grande partie sur les herbes.

Peu à peu, la botanique devint une science indépendante de la médecine, un processus que l’on retrouve également dans les contributions rassemblées dans ce bulletin, que nous avons organisées, pour cette raison, par ordre chronologique. C’est précisément le thème choisi qui nous a amené.es, exceptionnellement, à sortir des frontières suisses et à prendre également en compte des expériences menées en Italie (voir l’article de Sabrina Minuzzi) et dans la région alpine française (Émilie-Anne Pépy), ou encore les voyages vers l’Orient et au Sénégal de botanistes très connus tels que Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) et Michel Adanson (1727-1806 ; voir la contribution de Nathalie Vuillemin). Deux articles se sont en revanche concentrés sur l’espace alpin helvétique et en particulier sur le canton du Valais (Madline Favre et Simona Boscani Leoni).

Un élément commun aux différentes contributions est précisément de mettre en évidence l’importance des voyages d’herborisation pour le développement de la connaissance des plantes médicinales (à la Renaissance) et, plus généralement, en tant qu’élément permettant de mieux comprendre et appréhender le territoire. Les autrices soulignent également l’importance des réseaux de contacts et d’échange d’informations entre médecins et botanistes, mais aussi le rôle des ecclésiastiques dans ce processus de cartographie de la nature. Le travail de ces voyageurs n’a pas seulement permis de découvrir de nouvelles espèces végétales et d’en comprendre l’éventuelle utilisation thérapeutique ou artisanale, mais a également constitué un élément fondamental du développement touristique, en particulier dans les régions alpines.

Nous vous souhaitons à toutes et à tous une bonne lecture !

Simona Boscani Leoni
Professeure à l’Université de Lausanne

Sommaire

Simona Boscani Leon, Avant-Propos
Sabrina Minuzzi, Botanizing in the Renaissance: Perilous Travels vs Armchair Voyages
Nathalie Vuillemin, Jeux d’échelle : la plante et le paysage
Madline Favre, Herboriser en Valais au XVIIIe siècle : Quand le clergé alpin accueille les savants naturalistes
Simona Boscani Leoni, Le « Guide du botaniste qui voyage dans le Valais » (1810) de Laurent-Joseph Murith
Émilie-Anne Pépy, La botanique des touristes aux XVIIIe et XIXe siècles : l’exemples du voyage aux Alpes

Varia
Raphaël Pengg, Les récits de voyages alpins du jeune Jean Picot (1777-1864)

Histoires de guides
Ariane Devanthéry, La Suisse, ses pelouses et ses parcs anglais

Comptes rendus
Nicolas de Félice: Kathleen Kete, The Alpine Enlightenment. Horace-Bénédict de Saussure and Nature’s Sensorium, Chicago, The University of Chicago Press, 2024
Daniela Vaj: Simona Boscani Leoni, Interconnected worlds. Johann Jakob Scheuchzer and the scientific discovery of the Alps (1500-vers 1730), Rome, Viella, 2025/2026

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